Dans l’ouragan du deuil périnatal, il y a une figure que l’on voit sans vraiment la regarder : le père.
Tandis que toute l’attention se porte naturellement sur la mère, le père, lui, se retrouve souvent projeté dans le rôle de « parent de l’ombre ». On attend de lui qu’il soit le roc, le pilier, celui qui gère l’administratif, les aînés et le quotidien, tout en protégeant celle qu’il aime. Mais derrière ce rôle de protecteur, il y a un homme qui vient, lui aussi, de perdre son enfant.
1. Le Piège de l’Impuissance : « Je dois être fort »
Le premier choc pour un père, c’est souvent celui de l’impuissance. Dans notre société, on a appris aux hommes qu’ils devaient être des « apporteurs de solutions ». Or, face à la perte d’un bébé, il n’y a rien à réparer.
Le père voit sa compagne souffrir physiquement et émotionnellement, et ce sentiment de ne rien pouvoir faire pour la « sauver » est une torture silencieuse. Pour ne pas rajouter de peine à la peine, il choisit souvent d’étouffer ses propres larmes. Il se dit : « Ma douleur est secondaire, c’est elle qui a tout subi dans son corps ». C’est ainsi que le parent de l’ombre s’efface, petit à petit.
2. Le Corps pétrifié : L’armure du silence
Même s’il n’a pas porté l’enfant dans son ventre, le père reçoit le choc dans son propre corps. Comme je l’explique souvent, le traumatisme ne reste pas que dans la tête, il s’inscrit dans les muscles.
- La Cuirasse : Pour tenir debout et assurer le quotidien, le père se construit une véritable « armure ». Ses épaules se tendent, son dos se raidit.
- Le Plexus solaire verrouillé : Au creux de l’estomac, là où l’on ressent les émotions, tout devient dur comme de la pierre. C’est un mécanisme de défense : s’il s’autorise à ressentir une seule émotion, il a peur que toute son armure n’éclate.
- La déconnexion : Il finit par devenir une « tête qui gère » déconnectée d’un cœur qui hurle. Ce n’est pas de l’indifférence, c’est de la survie.
3. Le Deuil des « Bras Vides » : Une douleur légitime
On oublie trop souvent que le père a, lui aussi, investi cet enfant. Il a imaginé les jeux, les premiers pas, l’avenir. Sa perte n’est pas « moins grave » parce qu’elle n’est pas hormonale. Elle est tout aussi réelle.
Le deuil du père est celui des bras vides. C’est la douleur de ne pas pouvoir exercer ce rôle de protecteur qu’il attendait tant. Quand on lui demande : « Comment va la maman ? » sans jamais lui demander comment il va, lui, on invalide son chagrin. On lui signifie indirectement qu’il n’a pas vraiment le droit de souffrir.
4. Briser le silence pour se retrouver
Sortir de l’ombre, ce n’est pas cesser de soutenir sa compagne. Au contraire. C’est comprendre qu’un pilier qui ne respire plus finit par s’effondrer sur ceux qu’il protège.
Reconnaître sa douleur, c’est s’autoriser à dire : « Je suis triste, moi aussi ». C’est accepter que la vulnérabilité ne soit pas une faiblesse, mais une preuve d’amour immense. En sortant de sa cuirasse, le père permet au couple de se rejoindre. Ils ne sont plus deux solitudes côte à côte, mais deux parents qui traversent la même tempête, main dans la main.
Conclusion : La lumière du père
Il est temps de redonner sa place au père. Il n’est pas qu’un accompagnateur ; il est un parent endeuillé à part entière.
La « cicatrice de soie » dont je parle dans mon livre ne marque pas seulement le corps des mères, elle marque aussi l’âme des pères. Honorer cette cicatrice chez l’homme, c’est permettre à toute la famille de cheminer vers une reconstruction plus juste et plus humaine. Car la petite lumière de l’enfant disparu brille avec la même intensité dans le cœur de ses deux parents.
Ecrit par Sandy OLLE, le 12.01.2026, sophrologue certifiée

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