Après avoir perdu un enfant, on se sent souvent déconnectée de tout, comme si le sol s’était dérobé sous nos pieds. En tant que maman ayant vécu ce deuil et en tant que sophrologue, j’aimerais partager avec vous une réflexion sur deux forces qui nous aident à tenir : l’ancrage (le lien au sol) et le mouvement (le lien à la vie).
Quand la douleur nous transforme en statue
Le choc du deuil périnatal fige tout. Pour ne pas s’effondrer, on se construit instinctivement une sorte d’armure ou de « cuirasse ». Le dos se raidit, les épaules se contractent et on a l’impression d’avoir une pierre au creux de l’estomac, là où se logent nos émotions.
On pense souvent que pour être « forte » et protéger son entourage, il ne faut plus bouger. On a parfois peur qu’en laissant la vie reprendre son cours, on finisse par oublier son bébé. On devient alors une « tête qui gère » le quotidien, mais on se coupe de son cœur et de son corps pour ne pas souffrir davantage. Mais cette rigidité nous épuise et finit par nous fragiliser.
L’ancrage : retrouver un sol où se poser
L’ancrage, c’est simplement réapprendre à habiter son corps, même quand il nous semble être devenu un lieu de souffrance ou de vide. Après un tel drame, on peut avoir l’impression que notre propre corps nous a trahies.
Se réancrer, c’est essayer, petit à petit, de ressentir à nouveau le contact de ses pieds sur le sol. C’est se dire : « Aujourd’hui, malgré le vide, je suis là, je tiens debout ». C’est transformer cette armure de défense en une base solide. Ce n’est pas oublier, c’est trouver un point d’appui pour ne pas être emportée par la tempête.
Le mouvement : laisser la vie respirer en nous
Si l’ancrage nous donne une base, le mouvement nous permet de ne pas rester bloquée dans le traumatisme. Ce mouvement commence tout doucement par la respiration.
Même quand tout semble arrêté, notre souffle continue son voyage. En sophrologie et en Taï-chi, on observe que le mouvement aide à libérer les tensions bloquées. Desserrer un peu les épaules ou prendre une inspiration plus profonde n’est pas une trahison. C’est accepter que nos émotions puissent circuler à travers nous sans nous briser.
Le mouvement nous apprend que l’on peut avancer tout en portant son enfant dans son cœur. La petite lumière de notre bébé brille avec la même intensité, que l’on soit immobile ou que l’on recommence à marcher.
Retrouver une solidité intérieure, ce n’est pas redevenir « comme avant ». C’est devenir comme le roseau : on reste bien plantée dans le sol (l’ancrage), mais on s’autorise à plier sous le vent de la tristesse sans se casser (le mouvement).
Cette « cicatrice de soie » que nous portons à l’âme ou au corps fait désormais partie de notre histoire. Elle ne nous empêche pas d’avancer ; elle nous donne une force différente, plus humaine, pour cheminer vers une reconstruction pas à pas.
Ecrit par Sandy OLLE, le 19.01.2026, sophrologue certifiée

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