Dans le deuil périnatal, on parle souvent de sa propre douleur. Mais il existe une épreuve silencieuse et tout aussi bouleversante : celle d’assister, impuissant, à la souffrance physique de l’autre. Le corps du partenaire devient le miroir d’une réalité que l’on voudrait effacer, un paysage de tristesse que l’on ne peut pas toujours consoler.
Deux corps, deux langages
Le couple traverse la même tempête, mais pas sur le même bateau. Pour la maman, le corps est le lieu du vide, là où la vie s’est arrêtée. Pour le papa (ou le second parent), le corps est souvent une « cuirasse » qui se tend pour tenir debout, pour protéger, pour ne pas s’effondrer.
Cette différence de ressenti peut créer une distance. On regarde l’autre souffrir dans sa chair — que ce soit par la fatigue extrême, les larmes ou au contraire un silence de pierre — et on se sent désarmé. On aimerait prendre une part de sa peine, mais le corps de l’autre reste une frontière que l’on ne sait plus comment franchir.
Le vertige de ne pas pouvoir « réparer »
L’impuissance est un sentiment lourd. On voudrait être le « pansement de douceur » pour son conjoint, mais on réalise que l’on ne peut pas guérir une blessure que l’on porte soi-même.
En sophrologie, nous apprenons que cette impuissance n’est pas un échec. Regarder le corps de l’autre avec bienveillance, sans chercher à le « réparer » absolument, est déjà un acte d’amour immense. Parfois, la seule chose que l’on puisse faire, c’est être là, comme un ancrage solide, en acceptant que chacun avance à son propre rythme.
Retrouver le contact, un souffle à la fois
Comment se rejoindre quand les corps sont meurtris ? Cela commence par des gestes minuscules. Ce n’est pas forcément une grande discussion, mais peut-être juste une main posée sur une épaule tendue, ou un souffle synchronisé lors d’un moment de silence.
Valider l’impuissance de l’autre, c’est lui dire : « Je vois ta peine, je ne peux pas l’enlever, mais je marche à côté de toi ». C’est ainsi que la « cicatrice de soie » devient un lien qui unit plutôt qu’une barrière qui sépare.
Conclusion : S’unir dans la vulnérabilité
L’impuissance face au corps de l’autre n’est pas une fatalité. C’est une invitation à la douceur. En acceptant que nous ne sommes pas des super-héros, mais simplement deux parents qui s’aiment au milieu du chaos, nous permettons à notre relation de respirer à nouveau.
Même si nos bras semblent vides ou nos cœurs fatigués, le simple fait de reconnaître la douleur de l’autre sans en avoir peur est la plus belle preuve de présence. C’est là que la « petite lumière » de notre couple peut recommencer à briller, doucement, ensemble.
Ecrit par Sandy OLLE, le 15.02.2026, sophrologue certifiée

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