Le carnet de Sandy

En tant que sophrologue, je propose ici un éclairage professionnel sur le deuil, la périnatalité et d'autres thématiques à venir. Ce blog privilégie la réflexion et le partage d’expertise plutôt que les exercices pratiques, pour vous offrir un espace de compréhension et d'apaisement..

11. (Deuil périnatal) Reconstruire le Projet de Vie au Masculin et au Féminin

Reconstruire le projet de vie au Masculin et au Féminin

Après le séisme du deuil périnatal, le paysage de notre vie est transformé. Les projets qui semblaient évidents se sont brisés, et il faut réapprendre à construire sur un sol qui a tremblé. Mais dans cette reconstruction, nous ne portons pas les mêmes outils : le masculin et le féminin ont souvent des manières bien à eux de rebâtir l’avenir. Ce n’est pas une opposition, mais une danse complexe entre deux besoins essentiels.

Deux rythmes, une même direction

Il arrive souvent que l’un veuille foncer pour « oublier » ou « se réparer » par l’action (le faire), tandis que l’autre a besoin de s’arrêter, de ressentir et d’honorer le silence (l’être). Ce décalage peut être source d’incompréhension majeure : on a l’impression que l’un fuit la réalité dans le travail ou l’agitation, tandis que l’autre semble s’enliser dans une mélancolie sans fin.

Pourtant, ces deux rythmes sont les deux faces d’une même pièce, nécessaires à la survie du foyer. La force d’action est un bouclier qui protège le quotidien des nécessités matérielles, tandis que la profondeur émotionnelle est le terreau qui permet d’intégrer la perte pour qu’elle ne devienne pas un tabou toxique. Reconstruire, c’est accepter que nos deux chronomètres ne sont pas réglés sur la même heure. C’est comprendre que l’un prépare le terrain pendant que l’autre soigne les racines, tout en gardant les yeux fixés sur la même étoile.

La fratrie : le pont entre deux mondes

Dans cette phase de reconstruction, les enfants présents jouent un rôle de stabilisateurs émotionnels inattendus. Ils sont notre « ici et maintenant » vibrant, une force de rappel à la vie qui ne négocie pas. Leurs rires, leurs demandes quotidiennes et même leurs colères nous obligent à sortir de notre bulle de douleur pour revenir dans la matière.

  • L’enfant comme moteur : Ils nous rappellent que la vie a ses exigences mécaniques : manger, jouer, dormir. Ils nous empêchent de nous dissoudre complètement dans l’absence en nous imposant leur présence lumineuse et exigeante.
  • La transparence nécessaire : Reconstruire avec une fratrie demande une honnêteté de cœur. Intégrer l’enfant absent dans la narration familiale n’est pas un fardeau pour eux, c’est une libération. Expliquer avec des mots simples que l’on peut être triste et joyeux en même temps permet aux frères et sœurs de ne pas porter le poids d’un secret ou d’une culpabilité qu’ils sentent mais ne comprennent pas.

Leur présence nous pousse à redevenir des bâtisseurs, non plus seulement pour nous, mais pour leur offrir un sanctuaire où la tristesse n’éteint pas la lumière du foyer, mais lui donne une profondeur plus humaine.

Le corps comme boussole de nos limites

En sophrologie, nous apprenons que le projet de vie commence par le respect de sa propre écologie intérieure. Avant de vouloir tout reconstruire à l’extérieur (travail, déménagement, nouvel enfant), il est vital de s’écouter pour ne pas bâtir sur du sable mouvant.

  • Pour elle : Il s’agit souvent de se réconcilier avec un corps qui a pu être vécu comme « défaillant » ou traître. La reconstruction passe par des moments de douceur pure — un massage, une respiration consciente — pour réapprivoiser son image et sentir que la vie peut encore circuler sans douleur.
  • Pour lui : Le défi est souvent de relâcher la tension nerveuse accumulée dans la mâchoire ou les épaules. La reconstruction demande de transformer la « cuirasse » de protection en une force souple, capable d’accueillir ses propres besoins sans s’épuiser à vouloir tout porter seul.

Prendre le temps de synchroniser son souffle avec celui de l’autre permet de vérifier si un projet futur est une véritable envie du cœur ou simplement une fuite en avant pour éviter le vide.

Créer un projet « hommage » : Intégrer la cicatrice

La reconstruction ne signifie pas effacer ce qui a été pour retrouver la vie d’avant. Au contraire, le projet de vie le plus solide est celui qui intègre la « cicatrice de soie« . On ne reconstruit pas comme avant, on construit avec.

Cela peut prendre des formes variées : un changement de trajectoire professionnelle vers un métier de soin ou de sens, un engagement associatif, ou simplement une nouvelle manière de vivre ses loisirs en famille, avec une conscience plus aiguë de la préciosité de chaque instant. Ce nouveau projet devient un lien entre notre passé de parents endeuillés et notre avenir de parents debout. C’est ici que le masculin et le féminin se rejoignent : dans la volonté de faire briller la petite lumière de l’enfant à travers nos actions futures, tout en chérissant intensément ceux qui marchent à nos côtés.

Conclusion : S’accorder la patience d’être imparfait

Reconstruire est un verbe qui s’écrit au présent, jour après jour, avec des ratures et des recommencements. Il demande une patience infinie envers soi-même et envers l’autre. En respectant nos manières différentes d’avancer et en honorant la place de chaque membre de la famille, nous transformons une épreuve subie en un chemin de résilience choisi.

Le projet de vie n’est pas une destination lointaine, c’est ce souffle que l’on retrouve petit à petit, main dans la main. C’est accepter que nos différences soient les pierres qui solidifient notre nouvelle demeure — une demeure où chaque enfant a sa place sacrée, qu’il soit dans nos bras ou dans l’éternité de nos cœurs.

Ecrit par Sandy OLLE, le 20.02.2026, sophrologue certifiée


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